Le déplacement
Lorsque nous nous déplaçons, comment être certain que nous avançons, et non pas que le monde avance vers nous ?
Le cerveau, interprétant les images, peut aisément créerl'illusion et nous faire croire que nous nous déplaçons alors que c'est l'inverse.
C'est ce qui se passe au cœur d'un scénario de réalité virtuelle.
L'acteur devient spectateur. L'environnement défile devant ses yeux, lui laissant croire qu'il est au cœur de l'action et qu'il peut se déplacer comme bon lui semble.
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Ma réflexion
Est-ce moi qui me déplace dans le paysage où est-ce le paysage qui vient vers moi. Cette question peut paraître curieuse tant les évidences semblent parler d’elles-mêmes. Mes jambes, mon corps, sont en mouvement, et réagissent à mes demandes. Je peux alors décider d’aller soit à droite, soit à gauche, d’accélérer mon allure, de m’arrêter ou encore de me retourner. Je ressens même la fatigue qu’entraine cet effort physique. Alors, pourquoi penser qu’il puisse en être autrement ?
Ne pourrait-on pas malgré tout, même si l’idée paraît saugrenue, envisager une seconde possibilité ? C’est le paysage qui se déplace et nous, qui sommes statiques. C’est ce qui se passe dans un scénario de réalité virtuelle. Des milliers d’images défilent devant nous, nous donnant la sensation de nous déplacer à notre guise dans un décor déjà en place. Des images prêtes à surgir à la demande selon que l’on souhaite se déplacer soit à gauche, soit à droite ou encore d’accélérer la marche. Le réalisme de la situation est tel qu’il réussit à leurrer le cerveau.
Cette possibilité est intéressante à partir du moment où l’on n’a pas la certitude que l’instant présent existe. Sans lui, pas d‘espace qui permettrait à notre environnement d’exister. Ne subsistent alors qu’une succession d’images pour nous donner l’illusion de notre existence.
La construction de la toile
J’ai souhaité représenter une route traversant un paysage avec un effet de vitesse. Pour restituer cet effet, Il faut que je travaille rapidement pour insuffler un rythme à ma toile. Je trace en priorité les axes principaux, l’horizon, les lignes de fuites qui appuieront la perspective. Puis, à grands coups de brosse partant du centre pour aller vers les extérieurs, je jette littéralement mes couleurs pour créer l'effet de mouvement. Je le fais en prenant garde de bien préserver l’ambiance floutée pour mettre en avant l’effet de vitesse. Mais il faut aussi conserver un certain réalisme pour que le lecteur ait l’impression que le personnage se déplace dans le décor, tout en ayant une seconde lecture, avoir le sentiment qu’il puisse être happé par le paysage. Le sujet principal en place, je fais intervenir un second personnage qui sera le témoin de la scène. Je le positionne à droite en dehors du décor. Il observe, tapi dans l’ombre, en spectateur. Il s’interroge. Il se pose la question. Est-ce le joggeur qui coure dans le paysage où est-ce le paysage qui vient vers lui ? Et si, à son tour, il entrait en scène pour courir à ses côtés pour tenter de comprendre.